Tania OGAY
From Precis
Née en 1968 à Lausanne en Suisse, d'un père suisse francophone et d'une mère suisse germanophone, Tania Ogay s'est assez rapidement posé des questions sur les différences de langues, de cultures, sur les identités. Enfant, dans la voiture familiale qui cheminait de Lausanne à Bâle pour les vacances chez les grands-parents maternels, elle cherchait sans succès la "frontière des langues", l'endroit qu'elle s'imaginait alors exact où on parlait le français, et un mètre à côté, l'allemand, ou plutôt, le suisse-allemand. A l'école, devant le questionnaire que chaque élève devrait remplir annuellement pour les statistiques scolaires, elle se perdait en conjectures sur ce qu'elle devait répondre à la question "langue maternelle": la langue de sa mère, le suisse-allemand, qu'elle-même ne parlait pas ? Et d'ailleurs, pourquoi sa mère ne lui parlait-elle pas en suisse-allemand ? C'est qu'à l'époque,lui expliqua plus tard sa mère, les scientifiques auraient déconseillé de perturber les enfants avec l'apprentissage de plusieurs langues en même temps... Il lui fallu donc apprendre l'allemand à l'école, comme "langue étrangère", pour pouvoir communiquer avec ses grands-parents quand ceux-ci eurent trop oublié le français. Adolescente, elle remarqua que son prénom (qu'elle doit aux lectures exotique de son père) et son nom (pourtant "bien suisse") laissaient certaines personnes perplexes, se demandant où la catégoriser, d'ici ou d'ailleurs ? Elle comprit alors la force - qui peut rapprocher comme éloigner - des processus de perception, de catégorisation de l'autre. Bénévole dans une organisation d'échanges interculturels de jeunesse, elle se retrouva au comité à Berne pour représenter la "région romande". En travaillant avec ses collègues alémaniques, en découvrant de nombreux endroits de Suisse alémanique, elle prit conscience des subtiles différences qui pouvaient exister entre Suisses romands et alémaniques, mais aussi de la relativité des identités, assignées comme ressenties: "vous, les Romands" lui disait-on, "moi, de Suisse romande" disait-elle, tout en pensant à ses trois grands-parents alémaniques. Le travail bénévole dans cette organisation d'échanges interculturels de jeunesse - qui comprenait la sélection puis la préparation de jeunes Suisses à un séjour d'une année à l'étranger, ainsi que l'accueil pendant une année de jeunes venant de tous les continents - a été le véritable point de départ de sa réflexion mais aussi de sa pratique dans le domaine de la communication et de la formation interculturelles. Elle mena en parallèle des études de psychologie à l'Université de Lausanne, puis un doctorat en Sciences de l'éducation à l'Université de Genève auprès de Pierre Dasen. La thématique de sa recherche de doctorat lui fut inspirée par cette expérience de plusieurs années de travail bénévole. Elle avait en effet été intriguée par les attitudes de certains de ses collègues romands qui, tout en se disant très ouverts aux autres cultures - la plupart ayant vécu une année dans des pays comme l'Inde, le Pérou, entre autres - étaient très réticents quand il s'agissait de se rendre en Suisse alémanique. Pour sa recherche de doctorat, Tania Ogay a ainsi suivi des jeunes Romands qui ont effectué un séjour d'échange en Suisse alémanique, cherchant à voir si cette expérience contribuait au développement de leur compétence interculturelle. Depuis 1995, Tania Ogay a la chance d'avoir pu élargir son horizon culturel sur l'Algérie, grâce à son conjoint avec qui elle essaie de pratiquer ce qu'elle professe. Leurs deux enfants, Nassim et Sami, ne manqueront certainement pas non plus d'expériences pour réfléchir à la diversité et à l'unité de l'humanité.
courriel: tania.ogay@unifr.ch
