Claire KRAMSCH

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Née à Reims d’une mère anglaise et d’un père français et élevée pendant la guerre par sa grand’mère française en zone libre dans le Périgord, Claire Alvin n’aurait jamais pensé qu’elle pût être autre chose que Française. Apprenant l’allemand, le latin et le grec au lycée de Jeunes Filles de Versailles, et héritant de rudiments d’anglais à la maison, elle se préparait à entrer à l’Education Nationale comme on se prépare à endosser un prêt-à-porter confortable, monolingue et républicain.

Après 1945, tourmentée par la guerre et par les questions qu’elle laissait en suspens, Claire ne cesse d’interroger le monde anglo-saxon de sa mère et, dans le désir de comprendre ‘l’ennemi héréditaire’ des Français, elle décide de faire des études d’allemand. Après un an passé en Allemagne et l’achèvement de ses études à la Sorbonne, elle épouse un Allemand qui, lui, ne rêve que de faire fortune en Amérique. Claire Kramsch obtient la nationalité allemande, ce qui lui facilite l’obtention d’une carte verte aux Etats-Unis mais la prive à son insu de sa nationalité française.

Claire Kramsch se retrouve aux États-Unis et se met à apprendre l’anglais universitaire. Confrontée avec la tâche d’élever des enfants trilingues dans un pays notoirement monolingue, et d’enseigner l’allemand à des Américains sans aucune connaissance des guerres franco-allemandes, elle commence à se poser des questions fondamentales sur la possibilité de dialogue entre individus que tout sépare : l’histoire, la langue, la culture. Elle se passionne pour la didactique des langues et le rôle qu’y jouent les phénomènes du discours, de l’idéologie et de l’identité. Désireuse d’avoir le droit de vote dans un pays dont elle n’épouse pas toujours l’idéologie, elle adopte la nationalité américaine, qui, à l’époque, était exclusive de toute autre nationalité.

Depuis, elle ne cesse de lutter en faveur d’un pluralisme non seulement linguistique mais surtout sémiotique et culturel dans un pays de plus en plus homogénéisé par les média et l’idéologie de la consommation. Professeure d’allemand à l’Université de Californie à Berkeley, elle enseigne l’acquisition des langues secondes et dirige des thèses de doctorat en applied linguistics.

courriel: ckramsch@berkeley.edu

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